PAPRIKA
un film de Satoshi Kon
avec: Megumi Hayashibara, Toru Fuyara, Koichi Yamadera, Akio Otsuka...
en salles à partir du 6 décembre 2006
Et chez vous, de quoi rêve-t-on ?
Panique au laboratoire du Dr. Tokita, repaire de neuro - scientifiques farfelus, depuis qu’un mystérieux voleur s’est emparé de leur dernière invention, révolutionnaire : la DC MINI, capteur qui, une fois branché sur un patient endormi, permet de sonder ses rêves, dans le but d’en saisir la véritable mécanique. Bien décidée à remettre au plus vite la main sur cette machine aux capacités nocifs pour l’homme, l’austère Dr. Atsuko Chiba décide de se créer un double imaginaire qui rentrera dans l’inconscient de toutes les personnes susceptibles de connaître ou d’être le coupable.
Commencent alors les aventures de Paprika, Louise Brooks électrique et pimentée dans un périple mouvementé à travers les parties les plus reculées de nos cerveaux de spectateurs en manque.
C’est en faisant définitivement litière du récit classique que Satoshi Kon nous revient plus exubérant que jamais pour son quatrième film qu’il considère comme celui « du bilan ». Conscient de la place qu’il occupe dans la micro-sphère de l’animation et du culte qui lui est fait chez nous(acclamé en occident mais toujours quasi inconnu chez lui au Japon, où ses œuvres sont toutes passées inaperçues), Kon n’hésite plus à brouiller les pistes, installe des trappes dans chaque recoin de son oeuvre pour mieux nous surprendre. D’abord en se lançant dans la télévision avec Paranoia Agent (disponible en dvd depuis le début d’année), série d’animation déglinguée et radiographie acide d’une société japonaise au bord de l’asphyxie qu’un gamin enragé va soigner à coups de batte de base-ball et aujourd’hui avec Paprika, film protéiforme excentrique qui aspire tout sur son passage, de la moquette au plafond, en passant par la voisine de droite avec son téléphone qui n’arrête pas de sonner jusqu’à la panne d’essence.
Satoshi Kon, un nom, considéré chez nous comme la figure de proue d’une vague d’auteurs d’animé et de manga dont le travail s’inscrit à l’orée des grosses productions locales, dans un esprit de pop-culture sans frontière : thématiques et mise en scène (ou en bulles) clairement influencée par l’âge d’or d’Hollywood (le polar parano Perfect blue, la fresque épique Millenium Actress et la fable judéo-chrétienne Tôkyô Godfathers, trois réussites notoires), une liberté de ton et d’humeur empreinte à tout un courant de la culture contemporaine européenne qui finissent dans les trois cas par aboutir à des films à part, où les délaissés d’une société fière de sa toute puissance deviennent des héros malgré eux.
Une courte filmographie en perpétuelle rénovation, à laquelle Paprika vient aujourd'hui se greffer

Aussi Geek que frénétique, Paprika fait partie de ces films passés par la case mixeur-intensifs avant d’être servis sur un plateau d’argent, dans l’idée de fonctionné en roue libre afin de perdre le spectateur dans un déluge d’idées, de personnages et de scènes volontairement grotesques. Une statue de la Liberté parade à côté d’idoles « kawai », la même scène de rêve répétée plusieurs fois de suite, des scènes de sexe complètement folles, une allée murée d’affiches de classiques du cinéma américain, un cirque envahit par une armée de sosies flippants…
Si réussi soit-il dans son ensemble (le film reste quoi qu’il arrive une véritable partie de plaisir où le spectateur est gracieusement convié pour s’en prendre plein les mirettes), Paprika pose les limites d’un cinéma se voulant forcément plus geek et frénétique que le voisin. Une course au "Harder, Better, Faster, Stronger", pourtant détournée de bout en bout durant le film, à l’image de ses ados lobotomisés par le système qui les a transformés en téléphones portable sur pattes.
Fin de cycle douce amère pour Satoshi Kon qui rebondira prochainement dans un univers qu’il promet différent, Paprika, joyeux capharnaüm de tous les instants animé par des intentions toujours sincères, des scènes d’une ingéniosité exceptionnelle, comme toujours chez l’auteur, mais malheureusement trop souvent plombé par un traitement d’une vacuité totale.
Qu’importe le vin, tant qu’on a l’ivresse ?






