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LA DAHLIA NOIR

un film de Brian De Palma
avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Mia Kirshner...
en salles à partir du 9 novembre 2006


    La caméra du réalisateur de l'impasse croise la route du romancier  James Ellroy pour l'adaptation de son culte DAHLIA NOIR.

 

Pas la peine de demander à Brian De Palma comment il allait jusqu’ici, il n’aurait pas su   quoi vous répondre. Miné par tous les échecs qu’il enchaîne depuis bientôt dix ans (le sympathique mais pas folichon Snake Eyes, l’ofni Mission to Mars et surtout Femme fatale, « lyncherie » du dimanche sauce S.A.S. que seuls ses fans les plus hardcore ont pris le temps de prendre au sérieux), incapable de réitérer le coup de Mission: Impossible, commande à l’ancienne qu’il réussit à marquer de son empreinte d’affabulateur méticuleux, on ne pensait pas avoir de nouvelles du génie derrière (au choix) Carrie, Blow out ou Phantom Of The Paradise jusqu’à la résurrection du projet d’adaptation  cinématographique du Dahlia Noir.

Pavé malade et furieux sur le HOLLYWOOD des années 40  traumatisé par la découverte du cadavre d’une jeune actrice sur un terrain vague, premier volume d’une série de quatre romans policiers d’exception (le Quatuor de L.A., où viendront se greffer Le grand nulle part, L.A. Confidential et white jazz), radiographie d’une  ville gangrenée par le pouvoir et œuvre cathartique pour son auteur James Ellroy, obnubilé par l’affaire tant elle se rapproche de celle concernant sa mère, retrouvée assassinée dans les mêmes conditions en 1958.

Car plus qu’une simple histoire de meurtre, si sordide soit-elle, l’affaire du <em>Dahlia Noir</em> a vraiment eu lieu dans une  Amérique qui tenait là sa premières affaire de tueur en série, bien avant John Wayne Gacy Jr., B.T.K. ou l’affaire du ZODIAC. C’est donc à partir de faits ancrés dans l’histoire du pays qu’Ellroy tisse la toile d’une fiction abyssale pour les deux jeunes policiers (les inséparables Bucky Bleichert et Lee Blanchard) chargés de l’enquête et pour le lecteur. La traque du tueur d’Elizabeth Short les emmènera dans les tripots et les bars les plus glauques de Los Angeles, loin, très loin du mythe entretenu par les studios de cinéma depuis trois décénies.

Dans l’univers d’Ellroy, une bonne partie du district est connue de tous sous le nom de « négro-ville », les haut gradés torturent les prostituées qui leur refilent la chtouille et les seuls tournages auxquels les jeunes actrices qui rêvent du grand rôle participent sont des films zoophiles.
Roman indispensable de la littérature américaine qui révéla le talent de James Ellroy aux yeux du monde en 1989, le projet d’adaptation du Dahlia Noir à l’écran est de l’histoire ancienne. 

Longuement mûri par David Fincher, c’est finalement De Palma que l'on retrouve derrière la caméra, suite au  désistement du réalisateur d’Alien3 et de Fight Club, écrasé par la démesure de ses ambitions (un film de trois heures trente en noir et blanc, sinon rien !). 

Furieuse et obsédante, l’errance de ces deux flics au grand cœur dans un L.A. en marge des paillettes de Hollywood avait tellement tout de « de palmienne » qu’elle revenait logiquement au réalisateur, artisan d’un cinéma culte alimenté par l’implication de l’image dans la société de son pays.

On était donc naturellement en droit d’attendre beaucoup du Dahlia Noir, le film.

Sauf qu’à ce prix-là, on aurait mieux fait de garder nos sous pour aller s’acheter une glace à l’italienne sur l’île Saint-Louis. Complètement à côté de la plaque, De Palma, en plus de traiter son modèle comme un vulgaire roman de gare où deux flics nigauds récoltent leur indices à la canne à pêche, s’acharne deux heures durant à nous faire part de tous les préparatifs de son joyeux suicide de cinéaste sur le bord de la route. Un dépliant d’auto-singerie tellement insupportable que les masques à oxygène sortent du plafond à la moindre scène d’escalier présumée « hitchockienne », à la moindre fusillade, forcée montée au ralenti et sous tous les angles !
Des acteurs qui ont tous l’air de réciter ce qui est écrit sur des cartons géants agités derrière la caméra (Josh Hartnett, aussi expressif qu’un Steven Seagal en plein méditation, peine  à convaincre), en passant par le traitement de l’histoire qui contourne toute la substantifique moelle du roman sur l’autel de la fainéantise, on reste sidéré par le plantage général du Dahlia, rendez-vous manqué de talents incontestables.
De Palma a beau s’être entouré des prestigieux Vilmos Zsigmond à la photo et de Dante Ferreti pour les décors, leur contributions exemplaires n’arrivent pas à masquer la vacuité du réalisateur en place.
Alors peut-être suffisait-il de lire la quatrième de couverture de l’édition française du bouquin  pour comprendre:
« une écriture si puissante que le livre explose entre vos mains »

Tellement puissante qu’on imagine que Brian doit maintenant ressembler à un démineur atteint de Parkinson tant il est passé à côté de son sujet.

Alors on ne sait pas sur quel pied danser, ni même quand la musique commence, les méninges du spectateur n’étant mises à contribution qu’au moment où les lumières se rallument, quand l’on se rend compte que l’on vient d’assister à un duel entre deux films bâtards qui se sont tiré le plus gros bout de la couverture, cent vingt minutes durant. D'un côté un terrain de jeu où le réalisateur derrière le ratage continue de céder à ses tics de metteur en scène mégalomane les plus horripilants et de l'autre une enquête policière délaissée et sans enjeux, qui évolue en roue libre totale.


Ne subsistent que ces essais de casting en super-8 entre De Palma (reconnaissable à son imposant timbre de voix) et Elizabeth Short tournés quelques semaines avant sa mort. Seuls moments de magie pure magnifiés par l’interprétation saisissante de Mia Kirshner, et seuls instants du film où le réalisateur et son sujet principal finissent enfin par se croiser.

                     

 

 

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